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Discours de Jean-Guy Talamoni : Ghjurnate Internaziunale di Corti 2015

Compte rendu d’activités politiques


Rédigé le Dimanche 9 Août 2015 à 19:52 | Lu 191 commentaire(s)


Discours de Jean-Guy Talamoni : Ghjurnate Internaziunale di Corti 2015

L’an dernier lors de ces Ghjurnate, les responsables de Corsica Libera et de la GI prenaient acte des responsabilités qui seraient désormais les leurs, puisque le FLNC venait de leur passer explicitement le relais dans la poursuite de la Lutte de Libération Nationale. 

Nous exprimions alors notre volonté de nous montrer dignes de la confiance qui nous était faite et nous annoncions quelles seraient nos priorités pour les mois qui devaient suivre :

- Terminer, à l’Assemblée de Corse, le projet de réforme que nous avions voulu et initié.
Cela a été fait. Après la langue, le foncier, la fiscalité, l’architecture institutionnelle, le vote sur le principe de l’amnistie pour les prisonniers et les recherchés a permis de conclure le projet de réforme. 

- Renforcer le rapport de force avec Paris, par une démarche d’union nationale comprenant l’ensemble de nationalistes mais également tous ceux qui soutiennent la réforme. 
À travers la création de la coordination pour une voie politique, mais aussi la manifestation d’Aiacciu ayant rassemblé au-delà de la famille nationaliste, un pas important en ce sens a été fait.

- Lancer une initiative internationale pour soutenir le processus corse de sortie du conflit. 
La conférence d’Aiacciu, portée par Iniziativa Corsica 21 a constitué un franc succès, notamment marqué par le soutien de deux anciens Premiers ministres : Michel Rocard et Josep-Lluis Carod-Rovira, ainsi que de brillants et fructueux débats.

Nous pouvons donc dire que la mission que nous nous étions engagés à mener à bien l’a été sur ces différents points. 

Perspectives
Aujourd’hui commence notre campagne pour les élections territoriales de mars prochain. Il s’agira à n’en point douter d’un moment important dans la vie politique de la Corse.

Sur le point de la composition de la liste, qui n’est pas le plus important, on notera surtout la place donnée à la jeunesse, en position d’éligibilité. 
Sur le point plus essentiel de la démarche politique, nous rappellerons l’attitude qui a toujours été la nôtre : faire prévaloir les idées et le projet politique sur l’accès aux responsabilités électives. Les deux choses ne sont pas nécessairement incompatibles mais les sièges, quels qu’ils soient ne peuvent constituer l’alpha et l’oméga de la politique. 

Oui nous voulons accéder aux responsabilités, mais pas à n’importe quel prix.

Oui nous sommes prêts à discuter et à passer un accord avec d’autres forces politiques, mais sur la base d’un projet et non d’une simple répartition de sièges.

Oui nous voulons participer au gouvernement de la Corse de demain, une Corse en voie de réappropriation de ses droits nationaux, mais nous ne voulons pas en revanche être associés à la gestion de la Corse française et clientéliste moyennant un ou deux sièges à l’exécutif.

Nous l’avons dit depuis des mois, un accord politique ne peut être trouvé que sur la base de ce que nous avons appelé « u Prugettu cumunu », ce projet commun qui existe déjà puisqu’il a été élaboré et voté par l’Assemblée de Corse, projet global de réforme en matière linguistique, foncière, fiscale, institutionnelle, auquel il convient d’ajouter l’amnistie elle-aussi votée par l’Assemblée.

Aussi, les partenaires pour un gouvernement de la Corse ne peuvent être selon nous que les forces qui ont voté les différents aspects de ce projet et en premier lieu, bien entendu, les nationalistes dont nous n’avons depuis des années cessé de dire qu’il devaient avoir une attitude cohérente et constituer ensemble le moteur du changement.

Pour l’heure, malgré des rumeurs colportées avec malveillance – mais nous ne nous attarderons pas sur ce point dérisoire – Corsica Libera n’a d’accord avec aucune formation, avec aucun candidat, pas même nationaliste, encore moins extérieur au mouvement national.

En revanche, nous sommes prêts à discuter avec tous ceux qui ne ferment pas la porte au changement, ceux qui soutiennent l’officialité de notre langue et la protection de notre terre, ceux qui considèrent comme une impérieuse nécessité d’ouvrir les portes des prisons.

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Demain, l’indépendance au sein d’une Europe des peuples
À l’occasion de ces journées internationales, nous avons pu notamment évoquer la situation de deux peuples en avance sur le nôtre dans la marche vers la souveraineté, les Catalans et les Ecossais. C’est avec beaucoup d’attention que nous suivons les événements dans leurs deux pays. Il y a quelques années seulement, c’était un nouveau statut institutionnel qui était à l’ordre du jour pour ces deux peuples. 

Aujourd’hui, c’est de l’indépendance qu’il s’agit, ce qui nous laisse penser que dans quelques années la même question sera en débat pour la Corse. L’indépendance dans le cadre d’une Europe nouvelle, qui progressivement ne serait plus l’Europe des Etats-nations, constructions hétéroclites désormais dépassées, qui progressivement ne serait plus cette Europe de la police et de la finance, mais une Europe politique, une Europe des peuples où les Catalans, les Ecossais, les Basques et les Corses prendraient naturellement leur place. Une Europe qui ne serait plus structurée par les dictats du Nord sur le Sud (comme on a pu le voir avec la crise grecque) mais l’Europe rêvée par Paul Valéry et Albert Camus, à savoir une Europe harmonieuse où les apports du Sud et du Nord pourraient se compléter pour faire naître un véritable patriotisme européen. 

Cette Europe politique est plus que jamais une nécessité au moment où de nouveaux périls se développent et où les vieux Etats-nations sont dépassés par les défis de ce début de XXIe siècle : la crise au Moyen-Orient, les méfaits de la finance internationale, constituent des problèmes face auxquels les Etats actuels sont cruellement désarmés. 

Cette Europe politique devra également être une Europe sociale, refusant les règles du jeu que voudraient nous imposer les maîtres du monde, avec notamment l’infâme « Traité transatlantique » dont on ne dira jamais assez la nocivité potentielle. Et ce n’est pas un hasard si, en Catalogne, au Pays basque, en Ecosse ou en Corse, nos luttes nationales sont également porteuses des revendications de justice sociale et de mieux être pour les plus modestes, abandonnés un peu partout en Europe par les gouvernements de droite mais également de gauche…

La régénération de l’Europe viendra, nous en avons la conviction, des combats muris depuis des décennies sur la Rambla de Barcelone, dans les quartiers de Glasgow et ici même à Corti : les rêveurs d’hier sont peut-être les seuls à être en mesure d’affronter la réalité d’aujourd’hui…  

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Une nouvelle phase de lutte
Le dernier communiqué du Front l’a confirmé : la Corse est entrée dans une nouvelle période de son histoire.

Comme nous avons eu l’occasion de le dire il y a quelques mois aux ministres français, dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse, la particularité de Corsica Libera dans le paysage politique corse est que nous sommes la seule formation à assumer sans ambiguïté les quarante années de lutte qui viennent de s’écouler. Il n’y aura jamais de notre part, ni regret ni abjuration. Nous n’accepterons jamais le principe de la tutelle française sur la Corse, nous ne reconnaîtrons jamais les trois couleurs du drapeau français comme l’un de nos symboles. 

Aujourd’hui, Corsica Libera et la GI sont dépositaires du fil historique du combat national corse dont le FLNC a été et demeure la référence depuis quarante ans. C’est au nom de cette lutte globale – et avec le mandat explicite de l’organisation clandestine – que nous menons désormais notre action politique.   

Ce que nous voudrions vous dire ce soir, c’est que la bataille menée depuis quarante ans a été gagnée. 

Souvenez-vous que dans les années 1970, la plupart des Corses ne savaient même plus que leur île était une nation. Souvenez-vous que quelques jeunes Corses ont dû recueillir les pénates de la patrie corse et mener contre une grande partie des Corses eux-mêmes, manipulés par quelques politiciens, la lutte du pot de terre contre le pot de fer.

Durant quatre décennies, nous avons revendiqué le respect de nos droits nationaux, et nous l’avons fait en tant que courant minoritaire.

Ces cinq dernières années, nos idées sont devenues majoritaires au sein de la société corse et même de la classe politique insulaire. Rendez-vous compte du chemin parcouru en termes de prise de conscience. Mais de quoi s’agit-il au juste ? Lorsqu’une Assemblée élue s’affirme comme représentante d’un peuple – ce qui a été fait à travers le texte du PADDUC –, lorsqu’elle réclame l’officialité de sa langue, lorsqu’elle revendique des droits fiscaux et le pouvoir de produire des normes relevant du domaine législatif, comment ne pas voir qu’elle se projette dans une perspective nationale, même si tous ses élus n’emploient pas le mot ?

Alors, vous me direz que Paris n’accepte pas ces revendications et qu’elles restent pour l’instant lettre morte.

Il ne tient qu’à nous de décider de les faire vivre. Bien sûr, le rapport de force avec Paris doit se poursuivre pour obtenir la prise en compte de ce que nous avons voté mais, dès à présent, nous pouvons prendre acte de la volonté majoritaire des Corses de se donner un projet de société d’essence nationale. 

Pour Corsica Libera, sur le plan institutionnel, la feuille de route est claire : le projet de réforme constitue une étape sur le chemin de l’indépendance nationale.

Pour autant, la nation ne peut vivre en apnée jusqu’à ce que nous atteignions ces objectifs institutionnels. Aussi, nous appelons tous ceux qui se reconnaissent dans la démarche nationale à appliquer les orientations adoptées démocratiquement par l’Assemblée des Corses, sans attendre une validation par Paris.

En matière linguistique, nous appelons tous ceux qui disposent d’une parcelle d’autorité ou de pouvoir, électif ou administratif, à faire prévaloir à tout moment et en tout lieu la langue corse comme langue officielle, et ce quoiqu’en disent les textes et les tribunaux français.

En matière foncière, nous appelons notamment les maires à faire savoir clairement aux acheteurs ne justifiant pas de la condition de résidence posée par l’Assemblée de Corse (hors diaspora évidemment), qu’ils ne sont pas les bienvenus. Nous les appelons à mettre en œuvre les moyens à leur disposition pour entraver leur projet d’achat, pour les dissuader d’acheter ou les inciter à revendre. Il s’agit ici de faire prévaloir sur le droit français la volonté politique démocratiquement exprimée par l’Assemblée de Corse. Ici, la désobéissance civile à la loi française au nom du droit corse peut constituer une solution transitoire pour freiner la démarche de dépossession. Par ailleurs, nous demandons aux intermédiaires professionnels (notaires ou agents immobiliers) de prévenir les acheteurs ne remplissant pas les conditions requises par l’Assemblée de Corse que les nationalistes, désormais aux portes du pouvoir, ont l’intention bien affirmée de remettre en question les achats de biens immobiliers à des non-résidents. En prévenant les candidats acheteurs que leur investissement est risqué, ces intermédiaires professionnels ne feront que respecter leur devoir de conseil et leur obligation d’information. 

Sur tous ces sujets, il s’agit de briser un à un les liens de dépendance et de faire vivre notre projet national. 

Reconstruire la maison nationale
Au XVIIIe siècle, l’annexion de notre pays par la France a ruiné la construction nationale opérée sous la direction de Pasquale Paoli. Mais les fondations de notre nation, notre langue, notre culture, notre fierté collective, n’ont jamais pu être détruites car, à toutes les époques, et même au cœur de la nuit coloniale, ces fondations ont été préservées par la volonté de quelques Corses. 

Sur ces fondations, ces dernières années, nous avons rebâti le premier étage de notre maison nationale. Ce premier étage, c’est cette conscience partagée de ce que nous sommes et de ce que nous voulons. Ce premier étage, c’est la volonté politique qui s’est exprimée à l’Assemblée de Corse et au sein du Front de Libération Nationale de la Corse, cette réconciliation des Corses autour d’un projet commun qui n’est autre, quoi qu’on en dise, qu’un projet national.
Lorsqu’un vieux politicien qui nous a toujours été hostile déclare dans la presse que nous avons gagné la bataille des idées, on peut lui faire confiance au moins sur ce point : l’idée nationale s’est enfin imposée en Corse. Et pour des hommes qui se sont toujours battu pour des idées, gagner la bataille des idées ce n’est pas rien.

Alors, il faudra encore bâtir d’autres étages de la maison nationale, en particulier ceux qui relèvent des évolutions juridiques et institutionnelles. Mais l’on sait que le droit est une production sociale et qu’il s’adapte toujours à la volonté politique. Aujourd’hui cette volonté politique constitue une réalité tangible. Aussi, je vous le dis : d’autres efforts nous attendent mais l’essentiel est désormais acquis : en quarante ans, nous avons d’une part, par notre résistance, tenu Paris en respect, l’empêchant de mener à bien son œuvre de destruction de notre peuple, et d’autre part nous avons convaincu une large majorité de Corses que nous n’étions pas une entité administrative française mais une communauté originale, en fait une communauté nationale.

Désormais, nous pouvons tourner définitivement la page de la confrontation et écrire celle de la construction.  

Depuis des années, depuis cette même tribune, nous vous avons annoncé des moments difficiles. Nous ne vous avons pas promis « du sang et des larmes » mais nous avons demandé votre solidarité pleine et entière pour mener le conflit. De fait, nous avons malheureusement connu le sang et les larmes… 

Mais aujourd’hui, nous pouvons vous le dire avec assurance : les pages que nous allons désormais écrire seront apaisées, et bientôt heureuses, et ce sont les sacrifices consentis par la Lutte de Libération Nationale qui auront permis d’en arriver là. Alors, ne laissez jamais dire à personne que ces sacrifices ont été inutiles car la Corse dans laquelle vivront nos enfants n’aura été possible que grâce à ceux qui ont payé pour avoir trop aimé la Corse.

Bien sûr, d’autres combats nous attendent, mais nous les livrerons désormais sous d’autres formes et dans la cohésion retrouvée du peuple corse, autour d’un projet de société de nature nationale.

Ces dernières années, grâce à votre soutien, nous avons pu installer cette idée nationale au centre de la vie politique corse. Dans les mois à venir, nous aurons à nouveau besoin de vous, pour demeurer ce que nous avons vocation à être : la garantie d’un vrai changement.

Hè ghjunta l’ora di custruì a Nazione di dumane.

Evviva a Corsica !

Evviva a Corsica Libera !




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